Forums de discussion – Se buter sur la pointe émergée de l’iceberg

11 février 2020

Québec, le 11 février 2020 – Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) condamne la création, par le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, de forums de discussion destinés à mieux rémunérer les préposées aux bénéficiaires et les jeunes enseignants.

Ces deux corps d’emplois, très dévalorisés, mais ô combien essentiels, présentent des retards salariaux importants, cela fait consensus. Le SPGQ juge néanmoins que le gouvernement s’écarte du bon sens en se concentrant sur la pointe émergée de l’iceberg.

Les services d’éducation et de santé, tout comme les services publics en général, reposent sur un travail d’équipe titanesque. Dans ces réseaux, chacun constitue un maillon indispensable de la chaîne, y compris les services administratifs. Seul le gouvernement semble ignorer le travail de la main-d’œuvre de l’État et refuse de la rémunérer à la hauteur de sa compétence.

Régler la pénurie de préposés aux bénéficiaires et améliorer la rétention des jeunes enseignants est pleinement justifié. Refuser de voir les difficultés des autres corps d’emploi l’est beaucoup moins.

Quelque 10,5 % des postes de professionnels étaient vacants de 2013-2014 à 2017-2018 dans la fonction publique. Cette proportion est particulièrement élevée pour les agents de la gestion financière, agents d’information, agents de recherche et de planification socioéconomique, analystes en informatique et en procédés administratifs, architectes, attachés d’administration, attachés judiciaires, évaluateurs agréés ou agents d’évaluation foncière et conseillers en affaires internationales. Où sont les forums pour eux ?

En outre, les services informatiques sont omniprésents dans les organisations publiques et parapubliques. Les compressions budgétaires des dernières années se sont reflétées dans la rémunération des informaticiens, plus faible qu’ailleurs. Résultat : des difficultés de recrutement et de roulement de personnel. Ces problèmes freinent le maintien d’une expertise interne et ouvrent la porte à encore plus de sous-traitance. Pas de forums pour contrer la pénurie d’informaticiens ?

Ces forums distillent aussi un parfum de cynisme. Malgré l’adoption de la Loi sur l’équité salariale, il y a bientôt 25 ans, des centaines de milliers de femmes demeurent victimes de discrimination. Pourquoi M. Dubé n’a-t-il pas créé un forum pour elles ?

Dans un contexte de départs à la retraite, de postes vacants et de changements rapides du marché du travail, M. Dubé a choisi d’ignorer ces enjeux. Selon lui, les Québécois veulent de l’innovation.  Il omet toutefois de dire que la population désire, avant tout, un accès accru à de meilleurs services. Cela nécessite plus de personnel, des charges de travail plus humaines et davantage de formation. Les besoins de la population et des travailleurs de l’État se rejoignent !

Mettre la loupe sur les préposés aux bénéficiaires et les jeunes enseignants constitue un geste méprisant envers des milliers de professionnels de l’État. Loin des projecteurs, ils offrent pourtant des services qui contribuent à la stabilité, au bon fonctionnement, à la planification, au rayonnement et à la santé des institutions québécoises.

Plutôt que de gaspiller temps et argent dans des forums bidon qui se superposent honteusement aux tables de négociation, M. Dubé devrait considérer les dégâts causés par les compressions budgétaires des dernières années.

La réduction de la taille de la fonction publique a entraîné une augmentation de la charge de travail. Conséquences : stress, épuisement, absentéisme, etc. À cela s’ajoutent une diminution de certains services, particulièrement en région, et une augmentation des délais. M. Dubé compte-t-il sérieusement corriger ces lacunes avec un forum de santé globale sans enveloppe budgétaire ?

Certes, ce gouvernement doit répondre aux priorités des Québécois. Mais encore faudrait-il qu’il les connaisse et qu’il considère l’ensemble de l’iceberg, au risque de voir sa popularité s’y briser la coque et couler à pic.

 

 

Line Lamarre
Présidente