Négociations dans le secteur culturel

28 mai 2020
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Et si la créativité était la clé du succès ?

Traditionnellement, les demandes syndicales visant à améliorer les conditions prévues aux différentes conventions collectives ainsi que les négociations se font par organisme. Avec un peu de créativité, les unités culturelles du SPGQ aimeraient toutefois créer de nouvelles façons de faire.

Côtoyer les personnes professionnelles du domaine culturel au quotidien, c’est rencontrer une communauté de gens hautement qualifiés, être contaminé par leur passion et être impressionné par leur dévouement pour l’art, son rayonnement et sa préservation.

Dans cette filiation, on constate aussi que les écueils sont similaires d’un organisme culturel à un autre. Le sous-financement chronique de la culture se traduit notamment par un manque de ressources humaines et une surcharge de travail qui, trop souvent, conduit à l’épuisement professionnel.

D’ailleurs, dans un article paru dans le journal La Presse le 29 octobre dernier, le nouveau
président-directeur général de BAnQ, Jean-Louis Roy, expliquait que l’austérité a été ressentie par les usagers, mais aussi par les employés, dont certains en « détresse » professionnelle sont partis en « se disant [qu’ils ne voulaient] pas être dans un bateau qui gère l’errance sur la mer ».

Peu importe l’organisme, sur le plan de la négociation collective la lenteur des négociations est frappante malgré un bon climat à la table et une volonté mutuelle de régler.

Selon la Loi sur le régime de négociation des conventions collectives dans les secteurs publics et parapublics (ci-après « la Loi »), le Conseil du trésor a pour rôle d’approuver les paramètres généraux d’une politique de rémunération et de conditions de travail, de collaborer et d’assurer le suivi du déroulement de négociations avec les organismes.

Malheureusement, ces mandats tardent à être transmis aux négociateurs patronaux des organismes culturels, paralysant ainsi le processus de négociation.

De plus, contrairement à ce que prévoit la Loi, une mainmise du Conseil du trésor est ressentie sur le terrain. Elle se traduit par une absence d’autonomie décisionnelle des organismes. Ainsi, il est ardu de conclure une entente sur des aménagements simples, souvent sans portée pécuniaire, qui permettraient d’améliorer les conditions de travail des membres.

Trop souvent, on impose l’entente intervenue dans la fonction publique alors que la réalité des organisations culturelles est différente.

Le SPGQ aimerait que cela soit archaïque, mais on propose encore trop souvent au personnel professionnel des organisations culturelles, des femmes pour la plupart, des salaires inférieurs à ceux offerts dans les organisations à prédominance masculine.

Devant ces constats, on peut se demander s’il y a un réel exercice de négociation et si la culture n’est pas volontairement relayée en queue de peloton par le gouvernement du Québec. Chose certaine, il semble essentiel d’envisager de passer d’une démarche individuelle de négociation à un mouvement collectif pour le domaine culturel.

 

Comment revenir à un processus de négociation véritable ?

La réponse n’est pas simple et l’éléphant se mange une bouchée à la fois.

Pour amorcer la réflexion, le SPGQ a eu l’idée de réunir l’ensemble de la délégation culturelle à ses bureaux de Montréal afin de planifier la prochaine ronde de négociations et favoriser le réseautage.

Le 30 octobre dernier, sous forme d’ateliers créatifs, cette première étape a permis de réfléchir à ces différents thèmes :

  • Qu’est-ce qui vous réunit ? Qui est propre au secteur culturel ?
  • Qu’est-ce qui compose votre convention collective de rêve ?
  • Qu’est-ce qui peut s’appliquer à vos milieux de travail respectifs ?

Inspirés de la technique suédoise du « Syjunta » (voir l’encadré), les ateliers avaient pour but de maximiser la créativité et d’atteindre des objectifs précis dans une ambiance chaleureuse. L’activité n’a pas déçu. Rassembleuse, elle a permis aux participants de se poser, de réfléchir, de se reconnaître, d’explorer et de sortir de l’ornière. Leur grande créativité a été du bonbon pour Isabelle Darisse, conseillère à la vie syndicale et animatrice, ainsi que pour Mathieu Mercier et Anouk Frenette-Tremblay, conseillers en relations du travail et à la négociation.

Peu de sujets ont été ignorés. On a discuté des modèles d’horaire flexible, de la journée de travail de cinq heures, du droit à la déconnexion, de la reconnaissance des talents, de l’importance du coaching, de réunions écourtées pour une plus grande productivité, d’autonomie, de recherche, de bien-être au travail, d’espaces de travail confortables, du modèle suédois, de management danois et d’un programme national
d’assurance médicaments, pour ne nommer que ceux-ci.

Il ressort de l’exercice que les personnes professionnelles du domaine culturel sont passionnées et porteuses de la mission de leurs organismes. Elles souhaitent notamment évoluer dans un environnement sain, favoriser la créativité et l’agilité dans les modes d’organisation du travail, préserver leur santé physique et psychique, obtenir le respect de leur autonomie et une ouverture sur le domaine culturel en leur permettant de développer leurs compétences au contact de créateurs et d’artisans.

 

La prochaine ronde de négociation

Les personnes professionnelles que le SPGQ représente permettent à la culture québécoise de rayonner bien au-delà des frontières. Au quotidien, elles jouent un rôle patrimonial et social, mais constituent aussi un moteur économique. Leur travail est fondamental pour le Québec et il mérite d’être reconnu.

Il est inacceptable que les professionnels doivent attendre plusieurs années après l’échéance de leurs conventions collectives afin de voir leurs salaires augmenter et leurs conditions s’améliorer. Au-delà des pertes monétaires que cela occasionne pour les membres, le manque de volonté de régler a une incidence sur la qualité des relations du travail au quotidien et sur le sentiment d’équité et de reconnaissance.

Prochainement, le SPGQ poursuivra son travail de consultation auprès de ses membres et de sa délégation afin de produire ses cahiers de demandes syndicales pour la prochaine ronde de négociations.

Le SPGQ espère que le Secrétariat du Conseil du trésor fera preuve d’autant de créativité et d’ouverture que ses membres afin de trouver des solutions novatrices aux problématiques du travail professionnel dans les milieux culturels.

En guise de conclusion, laissons la parole à feu Jean Sexton, professeur émérite de l’Université Laval à partir de 2014, récipiendaire du prix Gérard-Dion de l’Association canadienne des relations industrielles et de la médaille Georges-Henri-Lévesque de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval pour sa contribution exceptionnelle à la diffusion des connaissances et pour son engagement dans la société québécoise. Dans son ouvrage sur la négociation collective, il a écrit ceci :

« L’adaptation de la négociation collective exige donc la compréhension des formes que prend le travail et la nature des problèmes qui sont vécus. Par l’imagination, elle se traduira dans des approches différentes et dans des processus nouveaux. »

 

La culture au SPGQ

Le SPGQ représente les personnes professionnelles de plusieurs unités d’accréditation parapubliques du domaine culturel, soit Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ), le Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), le Musée de la civilisation ainsi que le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).

 

La méthode Synjunta

Les ateliers créatifs animés par Isabelle Darisse, conseillère à la vie syndicale au SPGQ, ont permis aux participants d’explorer l’ensemble de la sphère culturelle en toute liberté, sans aucun tabou. Inspirée par la technique Syjunta, technique d’ateliers créatifs suédoise, cette activité peu classique a permis de faire sortir de grandes familles d’idées et de construire les priorités, donc les assises, d’une prochaine négociation du secteur culturel. Merci Isabelle !

 

Article rédigé par Anouk Frenette-Tremblay, conseillère en relations du travail et à la négociation avec la collaboration de Mathieu Mercier, conseiller en relations du travail et à la négociation

Article publié dans le magazine L’Expertise – Mai 2020