Agronome de l’état : une profession au service du bien public

Si nous menions une enquête pour savoir ce qu’est un bon médecin, il y a fort à parier que la réponse oscillerait autour de celle ou celui qui limite la prescription de médicament là où l’exercice physique et une saine alimentation peuvent pallier la piètre condition physique d’une patiente ou d’un patient. La recherche de solutions naturelles plutôt que chimiques s’avère également centrale dans l’exercice de la profession d’agronome de l’État au Québec, une fonction hautement médiatisée depuis quelque temps. Portrait d’une profession où l’intérêt du public s’avère central dans son exercice.

 

ÊTRE AGRONOME, C’EST QUOI ?

La profession d’agronome consiste surtout à soutenir et à conseiller les producteurs agricoles dans différents aspects de la gestion d’une entreprise agricole. Les agronomes détiennent généralement une spécialité particulière liée à un aspect de la gestion d’une entreprise agricole, par exemple l’agroenvironnement. Les trois champs agronomiques principaux sont les sols et l’environnement, les productions végétales et les productions animales.

Avec un salaire oscillant entre 47 009 $ et 88 317 $, l’agronome au service de l’État québécois contribue au développement de l’agroalimentaire en exerçant un rôle-conseil auprès de la clientèle et des partenaires, notamment sur les plans de l’agroenvironnement, de l’économie des entreprises, du développement régional ou encore de la mise en valeur du territoire et des produits et activités agricoles.

 

FORMATION ET OAQ

Pour devenir agronome, il est essentiel de suivre une formation agronomique de quatre ans à l’Université Laval ou de trois ans à l’Université McGill, de même que de réussir l’examen d’admission de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) pour pouvoir porter le titre d’agronome. L’Ordre est un organisme qui veille au bon travail des agronomes; il protège la profession d’agronome et le public en général.

Précisons que l’agronomie est une profession à exercice exclusif : seuls les membres de l’OAQ peuvent la pratiquer. Dans le but de protéger le public, la Loi sur les agronomes et les règlements qui en découlent encadrent la pratique des agronomes.

 

ÉVOLUTION DE LA PROFESSION

Au tournant des années 1970, 90 % des agronomes travaillaient pour le ministère québécois ou fédéral de l’Agriculture et 10 % travaillaient dans le secteur privé. Désormais, c’est l’inverse. Si le Québec compte environ 3300 agronomes, seule une poignée travaille au service de l’État québécois. En 2020, les quelque 215 agronomes du secteur public (soit moins de 7 % de tous les agronomes de la province), représentés par le SPGQ, étaient principalement au service du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) et de la Financière agricole du Québec (FADQ).

Il y a quelques années, les agronomes du MAPAQ intervenaient davantage en première ligne sur les fermes pour y prodiguer entre autres des conseils en fertilisation et en alimentation des cheptels. Désormais, les agronomes de ce ministère ont plutôt pour vocation d’accroître le transfert de nouvelles connaissances, de pratiques et de technologies au sein des entreprises agroalimentaires. D’acteurs de terrain, ils sont progressivement devenus des traits d’union importants entre la recherche scientifique et la pratique agricole.

Comme ses consœurs et confrères travaillant pour l’État québécois, l’agronome n’échappe pas aux tâches administratives liées à de très nombreux programmes de subvention mis sur pied par le MAPAQ. L’examen de la conformité des demandes de subvention s’ajoute donc à ses tâches liées au transfert technologique, à la vulgarisation de masse et à la pratique sur le terrain.

 

UNE PROFESSION AU SERVICE DU BIEN PUBLIC

L’agriculture constitue un bien public au même titre que l’eau. L’agronome au service de l’État se place donc au service du bien public. À ce titre, il jouit d’une belle latitude pour vulgariser et proposer des méthodes alternatives contre les ennemis des cultures (mauvaises herbes, champignons ou insectes).

En travaillant pour le MAPAQ, il peut aussi offrir des conférences et des conseils ou rendre disponibles des études sur la santé des sols. Au cœur de la pratique de l’agronome, le maître mot est d’être responsable de ses recommandations, et non responsable de l’application de ses recommandations. Bref, l’agronome accompagne, conseille et suggère, mais n’a pas le pouvoir de contraindre un producteur qui choisit de ne pas appliquer ses recommandations.

 

RECONNAISSANCE ET PROTECTION

La mise en valeur du rôle et de l’expertise, sans oublier la protection des agronomes, fait parfois défaut dans l’administration québécoise. C’est d’ailleurs pourquoi le SPGQ a déploré, en décembre 2020, le remboursement par la FADQ d’épandage de pesticides, alors que différents expertes et experts de l’État déconseillent cette pratique en raison de risques pour la contamination des récoltes.

Le SPGQ a aussi été très actif pour défendre M. Louis Robert, agronome au bureau de Saint-Hyacinthe du MAPAQ, congédié après 32 ans de service, car il avait dénoncé à l’interne ce qu’il considérait comme de l’ingérence des puissantes compagnies du secteur privé dans la recherche publique sur l’utilisation des pesticides. Selon le SPGQ, M. Robert avait agi comme lanceur d’alerte en portant à la connaissance du public des informations importantes pour la santé et la sécurité alimentaires des Québécoises et Québécois.

Dans une pétition, le SPGQ sommait le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, M. André Lamontagne, de réintégrer immédiatement M. Robert dans ses fonctions, de lui offrir des excuses publiques, de compenser toute perte encourue par M. Robert en raison de son congédiement le 24 janvier dernier et de s’assurer de respecter l’esprit de la Loi concernant la protection des lanceurs d’alerte au MAPAQ.

 

AVENIR DE LA PROFESSION

Aucune profession n’est à l’abri des écueils. Les agronomes de l’État n’y échappent pas, car ils doivent parfois marcher sur un fil d’équilibriste, où les aspects commerciaux et les pressions politiques se frottent à l’intérêt du public. Toutefois, l’intérêt grandissant de la population pour une agriculture plus près des gens pourrait marquer un tournant.

Aussi, l’inquiétude croissante des Québécoises et Québécois envers les pesticides et les organismes génétiquement modifiés pourrait donner lieu à une mobilisation de masse, analogue à celle liée à l’environnement et aux changements climatiques, et susceptible d’accentuer la pression sur les politiciens et les lobbies. Voilà sûrement un souhait qui ne déplairait pas aux agronomes.

Puisque l’agriculture évolue à vitesse grand V, les agronomes de l’État seront vraisemblablement influencés par les nouveaux enjeux de ce secteur d’activité, dont celui des changements climatiques. Si l’agriculture tend à devenir plus vulnérable aux nouvelles conditions du climat, l’agronome de l’État devra forcément ajuster ses conseils et sa pratique.

Dans le contexte pandémique actuel, la sécurité alimentaire tend aussi à devenir un enjeu incontournable, qui exigera l’implication de toutes les parties prenantes de la chaîne alimentaire. Parions que les agronomes de l’État seront appelés à y jouer un rôle croissant.