Avantages sociaux – L’assurance collective démystifiée : les médicaments

Article publié dans le magazine L’Expertise – Juin 2022
Par Evelyne Dufour, conseillère aux avantages sociaux et à la retraite


Avant d’aborder plus en détail le sujet des médicaments, si délicat et qui enflamme les passions des Québécois et des Canadiens, établissons les bases de notre fondation en nous assurant d’une compréhension commune de ce qu’est un médicament en tant que bien de consommation.

Qu’est-ce qu’un médicament ?

Les médicaments sont des produits vendus pour prévenir, traiter une maladie ou calmer une douleur. Ils sont composés :

  1. d’un ou de plusieurs principes actifs, qui sont des substances d’origine chimique ou naturelle ayant des propriétés thérapeutiques sur l’organisme ;
  2. d’excipients, qui sont des substances sans intérêt thérapeutique, mais incorporées au médicament pour en faciliter l’administration, la conservation ou l’absorption par l’organisme.

Les médicaments peuvent être administrés par voie orale (sous forme de comprimé, gélule, liquide), par injection, par voie cutanée (sous forme de crème appliquée sur la peau), par inhalation, par voie rectale, etc.

Certains médicaments sont en vente libre, c’est-à-dire qu’ils peuvent être achetés sans ordonnance, alors que d’autres sont dits d’ordonnance, car ils requièrent une prescription d’une professionnelle ou d’un professionnel de la santé.

Les classes de médicaments

  • Les médicaments uniques ou brevetés

Ce sont les nouveaux médicaments qui sortent sur le marché et qui sont protégés par un brevet, qui permet l’exclusivité commerciale pendant une période prédéfinie. Puisque ces médicaments sont exclusifs, ils sont généralement coûteux.

  • Les médicaments innovateurs (ou de marque ou originaux)

Une fois le brevet expiré, le médicament breveté est appelé « médicament original » ou « médicament innovateur ».

  • Les médicaments génériques

Il s’agit d’une réplique du médicament original qui peut se vendre uniquement lorsque le brevet du médicament est expiré. Les ingrédients médicinaux (les principes actifs) sont identiques au médicament original. Ils peuvent contenir des ingrédients non médicinaux différents (p. ex., l’excipient pour l’enrobage), mais ceux-ci n’affectent pas l’innocuité, l’efficacité ni la qualité du médicament, comparativement au médicament original. Ils sont moins coûteux, entre autres car ils coûtent moins cher à produire. (Ils n’incluent pas le coût de recherche et développement, notamment.)

  • Les médicaments biologiques

Ils sont fabriqués à partir de cellules vivantes (issues de bactéries, de plantes ou d’animaux), et non chimiquement. Cette classe de médicaments est assez récente (depuis les années 1990) et est en forte croissance : elle représentait 30,1 % des ventes de produits pharmaceutiques au Canada en 2018, comparativement à 13,5 % en 2009. Les médicaments biologiques les plus connus sont Remicade, Humira et Enbrel, qui sont utilisés entre autres pour soigner la polyarthrite rhumatoïde. Ils sont plus coûteux que les médicaments fabriqués chimiquement, car ils sont plus difficiles à développer. Par exemple, le traitement de Remicade peut coûter jusqu’à 50 000 $ par an.

  • Les médicaments biosimilaires

À l’instar des génériques, ils ont été produits par des fabricants après l’expiration du brevet du médicament biologique d’origine. Ils sont donc moins chers que les médicaments bio­logiques. Puisqu’ils sont produits à partir de cellules vivantes, les ingrédients médicinaux des médicaments biosimilaires sont très semblables aux biologiques, mais ne sont pas identiques. Le premier médicament biosimilaire a été introduit au Canada en 2009. Ce marché est encore sous-développé et, en 2018, il représentait seulement 1,9 % du marché des médicaments biologiques (qui totalise 7,7 G $ au Canada).

  • Les médicaments orphelins

Ce sont des médicaments utilisés pour le traitement de maladies rares. On utilise le terme « orphelins » en raison de son marché restreint. Peu de compagnies sont enclines à développer ce type de médicament, car elles peineraient à couvrir les coûts pour le développer et le commercialiser. Ces médicaments sont extrêmement onéreux : ils peuvent coûter de 100 000 $ à plus de 2 M $ par an par patient.


Qu’est-ce qui entre dans le coût des médicaments ?

  • Le coût du médicament

C’est le prix de la molécule, qui est uniforme à travers le Canada, et qui est le même au public et au privé.

  • La marge bénéficiaire du grossiste

Il s’agit du profit que le grossiste peut réaliser en vendant le médicament au pharmacien après l’avoir acheté du fabricant. Cette marge est encadrée par la Loi sur l’assurance médicaments.

  • Les honoraires du pharmacien

Il s’agit des frais facturés par le pharmacien (consultation, préparation, dépenses courantes liées à l’exploitation de la pharmacie et marge de profit). Ces frais ne sont pas uniformes au public et au privé. En effet, alors que le pharmacien a des ententes avec le gouvernement pour le régime public, il peut facturer le montant qu’il désire pour les régimes privés.


La dynamique du médicament en tant que bien de consommation

Le médicament a une dynamique bien à lui qui le distingue des autres biens de consommation courants. Voici un aperçu de chacun des acteurs principaux :

  • Les compagnies pharmaceutiques : Généralement à but lucratif, elles font de la recherche, et fabriquent et commercialisent des médicaments.
  • Les grossistes : Généralement à but lucratif, ils achètent aux compagnies pharmaceutiques des grandes quan­tités et font la distribution aux pharmacies.
  • Le prescripteur : C’est un professionnel de la santé qui établit un diagnostic, puis choisit et prescrit le médicament à consommer.
  • Le pharmacien : Généralement à but lucratif, c’est l’expert en médicaments qui prépare, distribue et prodigue des conseils au patient pour assurer une utilisation appropriée.
  • Le consommateur : Il s’agit du patient client.
  • Le payeur : C’est le consommateur lui-même, le régime public ou son régime privé d’assurance médicaments.

La dynamique s’avère tellement complexe que le médicament se retrouve pris dans un engrenage d’enjeux politiques, sociaux et économiques. Ainsi, même si tous s’entendent pour dire que la santé est un droit fondamental, les Québécoises et Québécois ne bénéficient pas d’un accès juste et équitable aux traitements nécessaires pour prévenir et guérir leur(s) maladie(s).